AU-DELÀ DE LA PHOTOGRAPHIE
une
certaine catégorie d'image photographique, aujourd'hui, ne suffit pas - ne
suffit plus, devient, exposée, inutile :
image avalée, reflet pâle du
réel.
de naissance facile -
"image-clic" (aussitôt née, aussitôt avalée par nos yeux
boulimiques), elle se fond
dans nos mémoires dynamitées
dans nos pupilles
entre toutes les autres
images
l'image photographique est
trop souvent la trace d'une subordination à un appareil omnipotent et
à un réel qu'on ne parvient
pas à réinventer :
c'est un contre-gouffre qu'on
ne veut surtout pas ouvrir.
il n'y a pas-peu de choix
pour l'opérateur:
juste un découpage du réel
(un cadrage), un sujet à trans-mettre à des yeux pourtant déjà en overdose.
aujourd'hui, dans une
certaine photographie, il n'y a plus que des redites d'images
des ennuis d'images
des déjà-vu.
à quoi bon exposer (encore)ce
genre d'images aujourd'hui?
l'image photographique
percute l'oeil atone
lorsqu'elle s'étend
lorsqu'elle envahit le regard
dans le monumental et engloutit le corps du regardant
lorsqu'elle brouille les
pistes du réel
lorsqu'elle fait apparaitre
ses propres conditions d'apparition et rend l'oeil silencieusement intelligent
lorsqu'elle s'accroche dans
l'entre-deux - au delà d'elle-même -
dans le gouffre
d'une interprétation multiple, d'une narration à mille vitesses, à mille
visages
lorsqu'elle est répétition :
s'ancre aux pupilles, blesse nos cornées surexposées
lorsqu'elle s'accroche à bout
de bras à la poésie, lorsqu'elle devient poésie même :
il nous faut des images-temps
des images-gouffres urgemment
[02 août 2013]
[02 août 2013]