EX VOTO
c’est essayer de donner forme à l’in-tra,
au dedans, à l'intérieur informe, au tû, à l’abstraction pure
- à ce qui ne sourd habituellement que par fulgurances,
par terrassements ponctuels ;
c’est se confronter aux IMAGES QUI HURLENT,
qui disent terriblement le soi ou plutôt l’absence à soi ;
c’est courir le risque de ne parler qu’à soi
pour enfin arriver à sortir,
à "mettre en formes"
Evidement que, face à cet irreprésentable,
toutes les autres images paraissent artificielles :
que représenter sinon la douleur ?
par où commencer si ce n’est par la douleur ?
Éviter de figurer, c’était éviter de parler de soi,
c’était se complaire à représenter du néant,
de l'abstraction
... pour ne pas se reconnaître,
pour ne pas se mettre en forme,
ne pas "s'identiter", se poser en présence dans la durée.
C’était encore s’évaporer, disparaitre
c’était encore emprunter des chemins de traverse
sans jamais arriver au but.
Depuis l'« infigurable », surgissent ces dessins hurlants, cathartiques. Nécessaires ?
Ils ne peuvent apparaitre qu’avec le passage du temps,
le recul et le détachement des douleurs
- dans le même temps que le travail des mots,
la reconquête d'un passé enfoui
un nouveau dessin de la mémoire.
Des images pour conjurer le sort, des EX-VOTO.
C’est comme dire avec des mots
qui ne sont plus enrobés à la surface,
qui parlent de la douleur brute ;
C’est comme des chocs de pierre
pour faire exister ce qui voulait / ce qui devait être oublié
pour donner de la matière
à ce qui a été foulé à la tête, à l’être.
C'est comme prier pour une rédemption païenne
[06 juillet 2016]