AUBE EN LABEUR

gratter fort le matin
une écriture du labeur
lancer un chant
en mémoire de mots
scandés, pesés, déplacés


les mains prises dans l'habitude,
gratter fort le réel 
avec le désir
pour éclore
une écriture du matin non ouvert


violer ses propres yeux 
à la nuit
ouvrir les mots 
contre l'ennui,
la répétition des jours en besogne


une écriture-couverture-de-survie
pour tirer et envelopper
le périphérique, 
les embouteillages
et le goût âcre dans la bouche

mettre sur l'anéantissement des jours
des dessus de mots




[12 octobre 2017]



DROMADAIRE

Arracher l’écriture à l’habitude 
pour réempailleter les jours mornes et semblables

Un dromadaire dans l'usure des jours

[12 octobre 2017]

ART-VIE


de l'urgence de s'y (re)plonger entièrement, 
de s'y fondre, de s'y prendre le corps, les heures, 
d'y creuser mille chemins à l'ongle
après l'avoir laissé là
(il est venu le temps de déployer ce qui n'a été que prémisses)


de trouver des stratégies contre-bureaucratiques pour étaler le temps, retrouver l'objet - ce qui poussait les heures 

dans la nécessité de refuser les dilettantes, tous ces misérables artistes du dimanche et autres bêcheurs mondains qui s'occupent les mains et mangent des images, s'enveloppent


de l'urgence de déployer un art-vie 

qui doit tout prendre, enlever le quotidien
qui doit creuser en-dedans, au-dehors, les gens, leurs corps
qui doit béquiller le vide



[17 février 2017]
EX VOTO


l'« irrépresentable » 
l'« in-figurable »

c’est essayer de donner forme à l’in-tra, 
au dedans, à l'intérieur informe, au tû, à l’abstraction pure 
-  à ce qui ne sourd habituellement que par fulgurances, 
par terrassements ponctuels ;

c’est se confronter aux IMAGES QUI HURLENT, 
qui disent terriblement le soi ou plutôt l’absence à soi ; 
c’est courir le risque de ne parler qu’à soi 
pour enfin arriver à sortir,
à "mettre en formes"


Evidement que, face à cet irreprésentable, 
toutes les autres images paraissent artificielles : 

que représenter sinon la douleur ?
par où commencer si ce n’est par la douleur ?


Éviter de figurer, c’était éviter de parler de soi, 
c’était se complaire à représenter du néant, 
de l'abstraction 

... pour ne pas se reconnaître, 
pour ne pas se mettre en forme, 
ne pas "s'identiter", se poser en présence dans la durée. 

C’était encore s’évaporer, disparaitre
c’était encore emprunter des chemins de traverse
sans jamais arriver au but.



Depuis l'« infigurable », surgissent ces dessins hurlants, cathartiques. Nécessaires ?

Ils ne peuvent apparaitre qu’avec le passage du temps, 
le recul et le détachement des douleurs 
- dans le même temps que le travail des mots, 
 la reconquête d'un passé enfoui 
un nouveau dessin de la mémoire.

Des images pour conjurer le sort, des EX-VOTO.

C’est comme dire avec des mots 
qui ne sont plus enrobés à la surface, 
qui parlent de la douleur brute ;

C’est comme des chocs de pierre 
pour faire exister ce qui voulait / ce qui devait être oublié
pour donner de la matière 
à ce qui a été foulé à la tête, à l’être.


C'est comme prier pour une rédemption païenne


[06 juillet 2016]

FLUX


IL FAUDRAIT QUELQU'UN POUR REFUSER LES FOIRES ET LES RÉSEAUX, LES PASSES-DROITS ET PASSE-PAS, LES JOURNALEUX AUX YEUX CREVÉS ET LES VENDUS AUX VOYAGES DE PRESSE BIDONNÉS. IL FAUDRAIT QUELQU'UN POUR METTRE UN BON COUP DE PIED. QUELQU'UN QUI  REFUSERAIT D'ÊTRE MÊME NOMMÉ : LEURS ÉTIQUETTES RESSEMBLENT TROP À DES CODES BARRES.

IL FAUDRAIT QUELQU'UN POUR S'ANCRER DANS UN ART QUI SE COLLE ET DÉTACHE À LA FOIS LE RÉEL, POUR COLLER JUSTEMENT LA CRÉATION AUX INVISIBLES, AUX GENS DES TOURS GRISES LÀ-BAS QUE TOUT LE MONDE OUBLIE ET PUIS AUX HOMMES DE L'AUBE QUI USINENT LEURS CORPS.

POUR ÇA, IL FAUDRAIT INVENTER UNE NOUVELLE MANIÈRE DE FAIRE QUI EXISTERAIT DÉJÀ - DANS LE RÉEL - OÙ UN PRODUIT  NE SERAIT QU'UN FLUX :  LE RÉSULTAT TERRIFIANT D'UN AMAS DE PRÉSENCES À CE MÊME RÉEL, ET DES NAISSANCES OU HURLEMENTS QU'IL ENGENDRERAIT.

[19 octobre 2015]